
Né en 1951, Béruchet est confronté dès ses 18 ans, à l'envie d'embrasser la carrière d'acteur.
Poussé vers la fonction publique par sa famille, il devient, à l'âge de 17 ans, ouvrier qualifié dans les ateliers d'entretien de la RATP et désespère de ne pouvoir suivre des études littéraires ou artistiques, mais la vie en a décidé autrement...
C'est à la suite d'un grave accident du travail - ou plutôt grâce à cet accident - que le personnage de Béruchet est né. Immobilisé pendant quelque temps, il fait le bilan d'une vie qu'il considère comme dissolue et sans intérêt. Il a alors 24 ans et décide de consacrer désormais sa vie à sa passion : le cinéma.
Mais il ne suffit pas de décider les choses pour qu'elles arrivent. Il ne connaît rien à l'univers du cinéma. Il court donc de service en service, essayant ainsi de s'initier à tous les aspects de la production cinématographique, tant sur le plan technique, qu'administratif ou juridique.
Très rapidement il comprend que sans expérience professionnelle, il ne peut exister. Il se met donc à écrire divers court métrages qu'il dépose dans les instances administratives. Sans succès...
Au quatrième projet, il est interpelé par un responsable du C.N.C. ( Centre National de la Cinématographie ), qui lui fait comprendre que le nombre de postulants aux fonctions de réalisateur est grand et que lui, Béruchet, n'ayant rien fait, ne peut être soutenu face à d'autres candidats plus professionnels que lui. S'il avait déjà réalisé un film, on pourraît peut-être apprécier davantage la qualité de ses projets.
A présent au pied du mur, Béruchet sait qu'il n'a d'autre alternative que de produire sur ses fonds propres un premier court métrage qui pourraît lui ouvrir les portes du "Temple"... Il lui faut un projet ambitieux, donc coûteux, qui mettrait en avant sa sensibilité créative et son savoir-faire sur le plan technique. Il réussit à convaincre sa femme de la nécessité de prendre un emprunt de dix mille francs - somme importante pour l'époque et surtout pour le jeune ménage - afin de mener à bien ce projet.
Sur les conseils d'amis, il crée sa propre maison de production, car les projets doivent être présentés par des producteurs pour que le film puisse avoir une existence juridique et surtout des possibilités de diffusion. Ainsi naît la société B.M. Travelling Films, une G.I.E. sans capital social, qui assure à Béruchet un pas de plus vers l'autonomie et lui permet de réaliser son premier court métrage, en 35mm scope-panavision : "Variations pour une Symphonie en ut mineur".
Ses efforts sont récompensés pour la première fois. Il obtient des hautes instances le Prix dit de la Qualité, prix purement honorifique, mais qui lui donne la possibilité de concourir à la Prime à la Qualité, prime financière qui lui permettrait de rembourser son emprunt.
Malheureusement il n'obtient pas le prix escompté et c'est la ruine. Il se voit condamné à rembourser la somme sur ses maigres deniers personnels à raison de 500 francs par mois sur son salaire d'ouvrier de 1 800 francs.
Quelque temps plus tard, alors qu'il rembourse avec difficulté la somme empruntée pour son premier court métrage, il entend parler d'une aide récemment créée par le C.N.C., qui a pour but d'aider les jeunes auteurs dans l'élaboration de leurs scénarios. Il dépose donc son projet de deuxième court métrage : "Béruchet le distrait".
Au bout d'une longue et pénible attente, le dossier est refusé. Fou de rage et las des tracasseries administratives, Béruchet demande des explications. Il est reçu par une assistante qui lui explique que cette aide s'adresse aux débutants n'ayant jamais rien réalisé. Il ne s'est pas adressé à la bonne commission et doit tout recommencer depuis le début.
C'est ainsi que l'impatient Béruchet apprend à se mouvoir dans les rouages de l'administration cinématographique. Problèmes de timing, un jour il n'a pas assez d'expérience, un autre il en a trop. Entre temps il faut attendre et encore attendre...
Qu'à cela ne tienne! On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Il produit et réalise, toujours sur ses fonds propres, ce deuxième court métrage, avec cette fois des moyens plus limités. Il le tourne en 16 mm et le présente au C.N.C. Cette fois encore, il obtient le prix de la qualité, mais toujours pas la fameuse prime.
En 1979, il comprend que la diffusion du court métrage étant ce qu'elle est, à savoir quasi inexistante, aussi bien au cinéma qu'à la télévision, seul le long métrage pourra lui permettre d'entrer dans le monde du cinéma. Il écrit donc son premier long métrage : "Béruchet dit la boulie" et le présente à la prestigieuse Commission d'Avance sur recettes, ce qui le place en compétition avec tous les réalisateurs de France et de Navarre....
Bien évidemment son projet est rejeté. Il le réécrit. Re-rejet. Il ne baisse pas les bras. Qu'à cela ne tienne! On imagine la suite...
Encore plus fou, il n'hésite pas à franchir de nouvelles limites : il emprunte cette fois cinq cent mille francs, ce qui en 1980 n'est vraiment pas raisonnable, mais comment faire appel à la raison face à une passion aussi dévorante...
Parallèlement, il prend conscience du fait qu'être un illustre inconnu ne peut que le desservir. Il remarque que les petites annonces de la revue très professionnelle "Le Film Français" ne sont que sobrement dactylographiées. Il a l'heureuse idée de faire passer chaque semaine sa photo accompagnée de petits textes. Au bout de quelques mois, il commence à attiser la curiosité de ses pairs qui se mettent soudain à s'intéresser à cet hurluberlu.
Profitant de ce début de notoriété, il s'empresse de tourner son premier long métrage, essentiellement le week-end, en louant le matériel de tournage pour la journée du vendredi, ce qui permet d'en profiter gratuitement du vendredi soir au dimanche tard dans la nuit.
Une fois le film tourné se pose le problème du montage. Qu'à cela ne tienne... Durant 9 mois, le tenace Béruchet montera son film lui-même, faute de moyens financiers, apprenant au passage, sur le terrain, un nouveau métier. Travaillant sans relâche, il parvient à obtenir la sélection du film au Festival d'humour de Chamrousse dans la catégorie "Perspective du cinéma français", en 1984, dès l'achèvement du montage.
Malheureusement, à force de trop tirer sur la ficelle, elle finit par se rompre. A l'issue de ce festival il ne se passe rien. Dettes, absence totale de diffusion de ce premier long métrage, mensualités astronomiques pour les crédits en cours... Béruchet sombre dans la dépression, période qui durera trois ans.
Mais en 1987, regonflé par les barbituriques et autres médicaments, il refait surface en écrivant un deuxième long métrage : "On l'appelle la déglingue", un polar mitonné à la sauce Béruchet, qui raconte les déboires d'un détective privé américain qui décide d'installer sa nouvelle agence en France, par le plus grand des hasards, Quai des Orfèvres à Paris...
S'adonnant à une véritable boulimie barbiturique et médicamenteuse, il se prépare à solliciter une fois de plus ces messieurs les banquiers, mais cette fois il se ravise à la dernière minute Son premier long métrage est resté dans ses boîtes en fer blanc. Il serait peut-être plus judicieux d'acheter une salle de cinéma, afin de garantir un minimum de diffusion à ses films, même si cela suppose de devoir attendre quelques années avant de pouvoir réaliser son deuxième long métrage.
C'est ainsi qu'il achète le Studio Galande, dans le Quartier latin, petite salle d'art et essai bien connue tant pour la qualité et la diversité des films programmés que pour son film phénomène, le "Rocky Horror Picture Show", toujours à l'affiche aujourd'hui et objet d'un véritable culte digne du célèbre Guiness Book...
Après des années de lutte pour réaliser le rêve de ses 18 ans, Béruchet se sent enfin comblé. Même s'il n'a pas réussi à s'imposer auprès de la profession en suivant la voie classique, par esprit d'indépendance et peut-être aussi par manque de patience, il est enfin parvenu à s'affirmer à tous les niveaux de l'industrie cinématographique et à acquérir cette fameuse autonomie qu'il a ressentie, dès le plus jeune âge, comme la condition sine qua non de l'intégrité artistique.
Alors qu'il a su vaincre la dépression et qu'il semble enfin apaisé, la chance l'abandonne une fois de plus le jour où sa fidèle compagne, sa femme qui l'a épaulé depuis le début dans les moments difficles, la mère de ses deux filles, décide de demander le divorce au bout de 13 ans de vie commune. C'est de nouveau la ruine, mais cette fois sur le plan sentimental.
Il travaille d'arrache pied pour ne pas sombrer une deuxième fois dans la dépression et abandonne durant quelques années tout projet de réalisation, mais écrit inlassablement. Il en résultera une série de près de 1 000 gags et une redéfinition, plus nuancée, du personnage de Béruchet.
En 1997, il comprend l'intérêt du "tout numérique" et rêve encore... Comme toujours, il ne se laisse pas abattre, prend son destin en main et s'équipe...
On l'aura compris, Béruchet ne se contente jamais de rêver. Il investit donc dans le matériel approprié et commence à tourner une série destinée à la télévision, qui, en cette époque de pleine mutation, offre un nombre grandissant de possibilités de diffusion.
Indépendamment des grandes lignes de cet historique, il faut savoir que Béruchet a joué aussi dans d'autres films que les siens, qu'il a participé en tant que rôle secondaire à différents films, sitcoms et tutti quanti...
Bref, il faut juste retenir de cette histoire quelques principes de base sous forme de phrases toutes faites, à savoir qu' : "On n'est jamais si bien servi que par soi-même", "Qui veut la fin veut les moyens", "Aide-toi, le ciel t'aidera", etc., etc.,....
Actuellement, tout en animant le Studio Galande, il termine l'écriture d'une douzaine de nouvelles aventures de Béruchet, personnage tendre et naïf, aux prises avec les vicissitudes de la vie quotidienne, sous forme de modules de 6 et 13 minutes, destinées à la télévision et tout porte à croire qu'il en sera ainsi tant que Dieu lui prêtera vie....